Expatrié, piratage et norme vidéo

On a beau dire, le piratage c’est mal. Il est clair, net et concis que les auteurs ne peuvent décemment pas vivre de leurs oeuvres si on ne les paie pas. Et qui doit les payer?, en toute logique, le consommateur.

Il est vrai aussi qu’avec le prix des oeuvres en ce moment, on atteint des sommets bien à la limite du raisonnable, ce qui explique inévitablement le piratage.

Mais allons plus le loin, prenons l’exemple d’un expatrié, comme moi, même « expatriés » puisque j’en suis à mon deuxième pays hors de France.

En prenant pour exemple l’achat d’un DVD vidéo, exemple classique mais au combien intéressant, on s’apercevra que celui-ci à plusieurs limites.

  • La première sur la zone, 1 ou 2, par exemple, qui va vous empêcher de lire votre dvd dans plusieurs régions du monde. Le concept est bien pensé pour éviter aux grands fans d’acheter un dvd à l’étranger en avant-première. Il faudra d’ailleurs m’expliquer quel est l’intérêt de bloquer les grands fans d’acheter un film aux US ou aux Japon, m’enfin.
  • La deuxième plus sournoise, que j’ai découvert récemment, la norme vidéo. Vous vous rappelez sans doute des formats PAL, SECAM et NTSC, qui m’ont d’ailleurs joué des tours lorsque j’étais plus jeune avec mes cassettes vidéos. Et bien j’ai eu récemment le même petit problème avec la norme NTSC. Impossible de lire un DVD au format PAL sur une TV canadienne NTSC.
  • Et la dernière pour la fin, la langue. Lorsque vous achetez un DVD à l’étranger, il n’est pas forcément dans votre langue, d’ailleurs assez rarement, puisque le nombre de langues sur un DVD est souvent limité à 2 voire, 1. Et pour les sous-titres, il en est de même, même si vous avez généralement le droit à 3 langues, voire 4 langues au grand maximum.

Avec toutes ces contraintes, l’expatrié n’a plus beaucoup de choix lorsqu’il souhaite faire l’acquisition d’un DVD.

  • Ne pas l’acheter, puisque d’une façon ou d’une autre, il ne pourra pas l’utiliser dans un des pays dans lequel il réside, ou alors pas dans sa langue natale,
  • L’acheter dans un format, une zone ou une langue et se limiter à l’utiliser uniquement dans son pays de résidence actuel, quitte à le revendre d’occasion pour récupérer quelques pécunes,
  • Le pirater, puisque les Divx n’ont pas de zone, pas de format, qu’on peut trouver toutes les langues inimaginables et tous les sous-titres et qu’ils ont le gros avantage d’être gratuit. Mais les auteurs ne sont pas rémunérés.

Il existe d’autres possibilités, que je n’ai pas cité.

  • La location, ce qui impose une inscription dans un video-club (la vod n’est pas encore d’actualité au Canada ou très très cher), avec les contraintes qui s’imposent. Possession pendant 24 heures, souvent cher, possibilité de ne pas trouver l’oeuvre que l’on demande. Le problème de langue, lui, reste entier…
  • L’utilisation de sa carte canadienne de bibliothèque, gratuite, qui permet d’accéder à un vaste échantillon d’oeuvres en dvd pour rien. Une seule contrainte, 7 jours, ce qui est parfaitement raisonnable.

Maintenant, je me dis. Si je veux voir (ou revoir) des séries comme 24 heures chrono ou 6 feet under. Que ces séries sont disponibles gratuitement à la bibliothèque, ne pourrais-je pas tout simplement télécharger l’oeuvre sur BitTorrent puisque le coût est le même. Dans un cas comme dans l’autre, les auteurs doivent être rémunérés de la même façon, par une taxe fédérale ou locale.

Si nous poursuivons dans cette direction. Si les bibliothèques canadiennes sont autorisées à fournir ces oeuvres au public contre une rémunération globale, cela ne signifie t-il pas que l’on parle ici de licence globale ?

Si oui, alors, le Canada applique une licence globale pour les oeuvres qu’il distribue, et les auteurs ont donné leur accord et cela fonctionne.

Si cela fonctionne pour le Canada, cela devrait fonctionner pour tous les pays, comme la France, non ?

Alors à quand la licence globale en France ?

Publicités

3 Réponses to “Expatrié, piratage et norme vidéo”

  1. Pierrot Says:

    Déjà permet moi de te féliciter, la dernière fois que j’étais passé sur ton site c’était juste un petit blog sur ta vie à Saskatoon, tes articles sont franchement plus posés maintenant.

    Bon par contre je suis pas trop d’accord avec toi sur le dernier point. Tu dis en gros que c’est la même chose d’avoir accès à des DVD gratuitement à la bibliothèque et de les télécharger avec bittorent. Là c’est aller un peu vite en besogne je pense.

    D’abord quand tu loue un DVD à la bibliothèque tu le rends, quand tu télécharges tu effaces… ou pas, si tu veux garder le film ou la série rien ne t’en empêche, c’est déjà pas pareil. Ensuite et c’est là le point le plus restrictif à mon avis, la bibliothèque a un ou deux exemplaire d’un DVD, si il est loué pour une moyenne de 5 jours, ça fait 70 ersonnes qui y ont accès dans l’année, c’est bien mais c’est peu pour une ville comme Saskatoon. J’imagine qu’il y aura surement plus de 70 personnes qui voudrons voir le prochain Harry Potter dans les 12 mois qui suivront sa sortie en DVD.

    Bref, j’ai pas de solution miracle mais de ce que je vois ces derniers mois il y a déjà pas mal d’artistes qui sortent des CD gratos (Radiohead, Cerone, et plein d’autres petits artistes) et qui mise sur:
    1) les dons
    2) les gens qui voudront acheter le support physique (oui moi j’en achète encore plein parce que j’aime les CD avec des belles pochettes, je suis un peu fétichiste)
    3) les concerts, parce que je suis désolé mais c’est à ça qu’on reconnait un vrai artiste
    4) les passages radio

    Pour les films, on va surement voir apparaitre des sites à la Deezer, c’est déjà le cas par exemple pour Kaamelot qu’on peut voir en streaming le plus légalement du monde sur Wideo. Il y a de nouveau modèles économiques à inventer, le piratage est pas nouveau, la cassette marchait déjà très bien pour ça, la seule différence c’est qu’on a un peu « industrialisé » la chose.

    Par contre pour ton cas d’expat il y a des solutions même si elle sont j’en conviens pas super user friendly. Tu peux toujours acheter tes DVD en France et te les faire ripper par des potes uis mettre sur ton FTP, je sais c’est toujours pas 100% légal mais au moins tu payes les droits.

    Enfin voilà quoi, j’avais 20 minutes à perdre et les argumentaires interminables avec toi me manquais (tu remarquera que je ne parle pas du gouvernement pour garder mon sang froid).

    Ciao et bises à la petite famille!

    • iguane39 Says:

      Et bien, sacré commentaire. 🙂

      Il est vrai que la bibliothèque ne peut absolument pas se comparer à la solution de téléchargement. Pour information, Saskatoon dispose d’une dizaine de bibliothèque, ouverte jusque tard le soir et le dimanche. Donc pour 200000 habitants, ca fait une bibliothèque pour 20000 habitants.
      Pour le principe de possession d’une oeuvre, je crois que ca n’a pas beaucoup d’importance. Si tu peux obtenir l’oeuvre facilement, la différence entre location (à la bibliothèque on dira plus emprunt) et achat est minime.
      Je pense réellement que nous allons tendre vers un système licence globale. Finalement cette solution est la plus simple, mais elle ne doit pas être imposée à tout le monde. Il s’agirait d’une taxe sur son accès Internet, dans les 10 euros/mois, qui permettrait de profiter de toutes les oeuvres sans exception. Mais celle-ci doit être limitée à l’usage privée. L’usage public doit rester payant.
      Je sais que notre gouvernement reste insensible à ce genre de demande, mais je suis convaincu que le futur à moyen terme va s’orienter vers cette licence globale.
      De toutes façons, les cercles de distribution vont lentement disparaitre. Internet et le P2P va s’accélérer avec les débits faramineux dont on devrait disposer d’ici peu et les familles vont s’équiper exclusivement en numérique.

      Soit la licence globale apparait, soit les réseaux privés, sorte d’intranet multi-usagers cryptés, vont croitre et dans cette logique, la licence globale n’aura alors plus de sens. Je ne parle même pas de Hadopi, qui est mort-né pour un usager du Net un poil geek.

      Et si on n’imagine que d’ici peu, les sociétés style Google et Microsoft fourniront des serveurs perso sur leurs machines permettant de déployer tous types d’applications (Java, ASP.Net…) comme on peut le voir actuellement avec GAE pour Python, alors les possibilités vont réellement devenir infinies et rien n’empêchera quiconque voudra se monter un petit réseau perso. On oublie le FTP ou le P2P désuet, on imagine un serveur multimédia privé à distance avec streaming à volonté et compte utilisateur. Les fichiers s’échangent sur ses serveurs et plus entre pc perso. Il suffit de cliquer sur un lien pour copier un film HD d’un serveur distant à un autre. Le monde est encore plus une zone de non-droit.

      • salgos78 Says:

        J’ai pas le temps de répondre longuement (et oui même moi il m’arrive de bosser de temps en temps), mais je suis 100% d’accord avec la dernière partie, Hadopi est déjà dépassé avant d’être appliqué.
        Un geek moyen sait déjà que l’on peut externaliser un serveur et utiliser un VPN crypté pour à peine 10€ par moi, la seule chose queva faire Hadopi c’est d’enrichir les boites qui propose ce genre d’offre ou des serveur de news payants. Lamentable quoi.


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :