Scrum, XP : A qui profite l’agilité ?

Il y a un très bon article dans le magazine Programmez du mois de Juin 2009 qui décrit Scrum, XP et la journée d’un développeur agile.

Formé à l’ancienne sur des méthodes de cycle en V, et ayant appliqué XP de manière intensive, j’étais dubitatif mais enthousiaste et intéressé par les nouvelles méthodes agiles, Scrum plus particulièrement. Je ne pensais cependant pas que la nature des concepts était si révolutionnaire que cela.

Pratiquant Scrum depuis maintenant 6 mois dans ma nouvelle entreprise, je dois dire que l’ensemble de mes concepts a été remis à zéro, sur de nouvelles bases, et de nouvelles méthodes. Et après ces 6 mois, je peux dire que mon opinion est faite. Scrum est une des meilleures méthodes de développement logiciel actuelles. Il était temps que l’informatique innove pour s’améliorer. Maintenant les entreprises vont devoir intégrer les méthodes, c’est un point plus difficile.

Mais revenons au titre de mon sujet. A qui profite l’agilité ?

Vraisemblablement, pour Programmez, la personne bénéficiaire est le développeur, et puisqu’il est plus productif, par conséquent, son employeur l’est également. Mais commençons avec le développeur.

Le développeur

Par un développement progressif, auxquels se succèdent tests unitaires, tests d’intégration et couverture de code, puis compilation sur un serveur de référence, le développeur gagne en retour, positif ou négatif, sur son travail. Il est alors mieux à même de connaître les impacts de ses nouveaux développements sur le code existant. Il est plus sûr de lui, plus confiant et donc plus à même de modifier, d’améliorer et progresser dans son travail. Le gain de productivité est très important. Avec la démonstration de son travail à la fin de chaque itération, les progrès sont concrets et perceptibles immédiatement par le métier, une relation de confiance s’instaure, la compréhension des partenaires métier et technique s’intensifie. La qualité des développement s’améliore.

L’architecte

L’architecte n’ayant « qu’à » dessiner les bases de l’application sur des besoins réels immédiats, en préservant tout de même des choix en cas de modifications ou d’améliorations importantes, il évite un travail d’approfondissement contraignant, souvent inutile et trop abstrait, et couteux en temps. Cette agilité lui permet donc de s’économiser pour travailler sur des tâches réellement importantes et à retour sur investissement court. Il gagne beaucoup en productivité. Le logiciel perd en complexité inutile et préméditée.

Le chef de projet

Il est difficile de définir un chef de projet en utilisant des méthodes agiles comme Scrum. On peut le confondre avec un ScrumMaster et/ou un chef d’équipe. Il peut également être assimilé à l’architecte. Cependant en faisant interagir les membres de son équipe comme un tout, directement avec le métier, la transmission de la connaissance et la fluidité de la communication lui permettent de diminuer les risques d’erreur ou d’incompréhension métier et/ou technique. Toutes questions étant posées lors des réunions quotidiennes et/ou lors des réunions de planning. Les temps morts, retours en arrière, frustation sont diminués, l’équipe gagne en productivité et connaissance métier, le chef de projet gagne en sérénité.

Le chef de produit

Celui-ci s’exprime directement avec les développeurs lors des plannings et démonstrations. Il est a même d’expliquer ce qu’il attend, ce qui va et ce qui ne va pas dans ce qui a été produit. Il fournit ainsi un dialogue direct qui permet aux développeurs de comprendre plus facilement ce qui doit être fait et comment. Avec des déploiement fréquent, il reçoit également son logiciel dans des délais plus courts et en fonction de besoins réels immédiat. Son équipe gagne en productivité, par l’utilisation de fonctions développées en priorité, selon ses propres recommandations. Il gère mieux son travail, celui de son équipe et le futur de son organisation. La productivité métier est accrue.

Les décideurs

Le premier objectif des décideurs dans l’application des méthodes agiles est d’augmenter la productivité des développeurs pour que ceux-ci augmentent la productivité du métier, et afin que ces derniers augmentent le chiffre d’affaire et surtout le bénéfice de l’entreprise. Si la productivité des développeurs est assurée, celle du métier sera alors encore plus importante, le pari est donc gagné.

Mais revenons sur le terme de l’agilité. Le fait que le retour sur investissement (ROI) avec les méthodes agiles soit court, 2 à 3 semaines, va permettre aux décideurs de pouvoir décider (c’est leur métier après tout) et faire appliquer leur décision sur des cycles plus courts, vraisemblablement une à deux itérations. Ils pourront ainsi s’adapter plus rapidement aux marchés et emprunter des chemins aujourd’hui impossibles sur des méthodes traditionnelles, type cycle en V.

Reprenons le schéma que j’avais fourni lors d’un précédent post : Scrum : De l’intérêt des méthodes agiles

Comparaison des coûts de production et productivité entre Scrum et méthode standard

Comparaison des coûts de production et productivité entre Scrum et méthode standard

Ce schéma montre les coûts de production logiciel et la productivité du métier.

Dans le cas de développement avec la méthode de cycle en V (ligne verte), le décideur n’a d’autres choix que d’attendre le déploiement du logiciel en production avant de placer ses équipes sur un autre développement, plus stratégique (sauf à retirer quelques ressources, mais en impactant le planning de déploiement de son logiciel en cours).

Avec les méthodes agiles, le métier est plus productif dès la seconde itération (ligne rouge). Si le décideur choisit d’interrompre les développements logiciels, il peut le faire, premier point, mais il peut également calculer le gap entre la productivité actuelle et maximum du métier avec les développements restants et choisir de réorienter une partie ou l’ensemble de son équipe sur des points plus stratégiques.

En définitive, s’il est un acteur de l’entreprise qui gagne en agilité avec les méthodes agiles, c’est le décideur. Des décisions en connaissance de cause, moins pénalisante, plus stratégique, plus rapide et plus efficace.

L’agilité est aux décideurs. A eux de faire les bons choix.

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Conseils d’architectes à architectes

L’architecture et la gestion de projet informatique ont en commun de prendre tous les blâmes lorsqu’un projet ou une architecture échoue et de partager le succès avec l’ensemble de l’équipe lorsqu’ils réussissent. Si ceci est vrai pour beaucoup de métiers, cette réalité doit bien nous rappeler à quel point nous sommes tributaires d’une équipe et que nous en faisons donc partie.

J’ai eu l’occasion il y a quelques mois de parcourir quelques vérités sur le métier d’architecte dont je me permets de retranscrire quelques pages. Réfléchissez sur ces quelques points.

Lorsque vous travaillez sur une architecture :

Ne placez votre CV dans le top des priorités : Une architecture n’est pas faite pour élargir vos connaissances, vous faire découvrir de nouvelles technologies ou faire des expériences. Il s’agit de répondre à un problème et une demande par une infrastructure et une organisation.

Simplifiez la complexité, limitez la complexité accidentelle : Pensez simple, vérifiez ce qui est fait, prévenez ce qui va être fait pour que ce soit fait simplement.

La communication est reine, la clareté et le Leadership sont ses serviteurs : La communication est le point le plus important d’un projet. Sans communication, vous courez à votre perte. Et restez simple dans votre communication et investissez-vous dans les tâches que vous confiez.

Recherchez la valeur dans ce que vous dessinez : Si ce que vous proposez n’a pas de valeur, alors il ne sert à rien de l’implémenter. Et il est fort probable que ceci sera refusé, mis de côté ou pénalisera votre planning. Oubliez ce qui n’a pas de valeur ou pas assez dans vos architectures.

Restez debout : Lorsque vous présentez votre architecture, restez debout. Ceci montre votre motivation, votre implication dans votre travail. Ceci rend votre message plus efficace. Vous mettez alors toutes les chances de votre côté pour valider votre conception.

Visualisez l’échaffaudage de votre architecture lorsque vous en parlez : Lorsque vous discutez du design de votre architecture, vous devez être à même de discuter de chaque partie, même si vous n’avez pas encore tous les détails en tête et surtout de combler les lacunes qui pourraient apparaitre dans vos premiers dessins.

Vous négociez plus que vous ne réfléchissez : Eh oui, une fois une architecture dessinée, il vous faut la discuter, l’expliquer et surtout la négocier, pour bien faire comprendre les points importants, ceux que l’on peut adapter et le timing de mise en place. Un vrai travail de négociateur.

Quantifiez : Pour votre architecture, il vous faut quantifier la charge, le planning, les impacts, les risques… Un vrai travail de fourmi.

Une ligne de code a plus de valeur que 500 lignes de spécifications : Effectivement, dans la grande majorité des cas, cette ligne de code sera exécutée plusieurs milliers de fois lorsque votre application sera en à être production. Et elle aura valeur de preuve lorsqu’il va s’agir de savoir ce que fait réellement votre programme. Elle a donc intérêt à être juste, bien écrite et compréhensible. Cette ligne est bien plus importante que vos spécifications. Et c’est d’autant plus vrai avec des méthodologies agiles type Scrum.

Il n’y a pas de solution miracle : Il n’est pas possible d’appliquer les mêmes recettes sur deux projets différents. Chaque projet, chaque application a ses spécificités. Le secteur, les technologies, l’équipe, les connaissances. Il vous faut adapter votre architecture.

Il n’est jamais trop tôt pour parler performances : Si les performances ne sont pas la première priorité dans la construction d’une architecture, elles ne doivent pas être mises de côté, puisque tôt au tard, il y aura des questions de performances auxquelles il faudra répondre. Il vous mieux y avoir réfléchi lors des premières phases de design.

L’architecture de l’application détermine les performances de l’application : Lorsque vous contruisez votre architecture, réfléchissez bien aux performances de votre application. En effet, de mauvais choix d’architecture peuvent avoir des impacts forts sur des performances attendues comme des prérequis à l’application.

Il n’y a pas qu’une seule solution à un problème : La solution unique sans autre alternative n’existe pas. N’essayez donc même pas de le faire croire à vos interlocuteurs.

C’est le business qui décide : Pensez bien que tout ce que vous faites est conduit par le business pour le business. C’est lui qu’il faut séduire, c’est lui qu’il faut satisfaire.

La simplicité avant la généricité; L’utilisation avant la réutilisation : Avant de penser générique, pensez d’abord simple et voyez ensuite si vous pouvez appliquer un modèle générique. Avant de penser réutilisation, pensez déjà à utiliser et vous verrez ensuite si vous pouvez réutiliser.

Mettez les mains dans le camboui : Si vous voulez être crédibles auprès de vos développeurs et de vos managers, il va falloir vous investir sur le plan technique. Supportez vos développeurs lorsqu’ils ont un problème, le résoudre vous-même si besoin.

Intégrez en continu : L’ensemble du travail de l’équipe et le votre doivent être intégré en continu. N’imaginez pas pouvoir assembler toutes les pièces en fin de parcours comme si de rien n’était si vous n’avez pas tout testé ensemble au fur et à mesure des développements du projet. Les méthodes XP d’intégration continue fournissent tous les outils dont vous avez besoin et vous assurent une qualité continue et un risque minimum sur votre projet.

La base de données est une forteresse : une fois le schéma de la base de données défini et les premières lignes de code intégrées, comprenez bien que tout changement sur la base de données aura des impacts forts sur le projet. Cette base de données devrait donc être considérée comme inviolable, sauf quelques mineures, au risque d’impacter la qualité de votre projet et surtout votre planning.

Utilisez l’incertain pour vous guider : Lorsque vous discutez de votre conception, réfléchissez toujours à ce que vous ne savez pas ou ne comprenez pas. Ceci doit vous guider pour définir les bases de votre architecture. Ce que vous ne savez pas présente un risque. Il vous incombe donc de savoir pour diminuer ce risque. Si vous vous apercevez durant votre projet qu’il y a quelque chose que vous ne connaissez pas, vous avez pour tâche de le découvrir afin de limiter ou d’annuler le risque que cette non-connaissance a sur votre projet.

Une vue trop long terme est l’ennemi du succès : Lorsque vous travaillez sur votre architecture, ne pensez pas trop au long terme, ceci pourrait avoir un impact négatif sur le succès de votre projet. Vous empêchant de voir les besoins immédiats et de choisir ce qui est bon.

La réutilisation est une question de personne et d’éducation, pas d’architecture : Il ne suffit pas d’avoir une architecture qui permet la réutilisation de composants, encore faut-il avoir les bonnes personnes avec les bonnes connaissances pour permettre cette réutilisation. Et il faut expliquer la réutilisation pour qu’elle soit effective.

Il n’y a pas de « Je » en architecture : Vous ne pouvez pas vous permettre de dire « je » en tant qu’architecte. Car si certes vous dessinez l’architecture, c’est avec l’aide de beaucoup de collègues de votre entourage, avec des négociations et surtout ce sont les développeurs qui vont l’implémenter.

Prenez du recul : Il est bon de prendre du recul lorsqu’on travaille sur une architecture. Ne pas toujours être « dedans ». Mais attention, il faut savoir ajuster ce recul. Prendre la vue des développeurs, des utilisateurs, managers, sur du court, moyen et long terme.

Essayez avant de choisir : Les choix d’architecture ou de technologie ne doivent jamais être fait sans en avoir fait des essais de ceux-ci. Les risques encourus sont beaucoup trop importants. Et plus les choix sont importants, plus les essais doivent être faits avec soin.

Comprendre le métier : Un architecte se doit de comprendre le métier s’il veut faire une architecture réussie. Et plus l’architecture est importante et plus la connaissance du métier doit être approfondie. Ne négligez jamais cette étape.

Le temps change tout : Dans un projet tout est une question de timing. Il faut laisser le temps au temps et savoir lorsqu’il est temps d’intervenir. Laisser le temps aux managers d’assimiler vos choix et ses impacts, laisser aux développeurs le temps d’intégrer vos concepts et leurs avantages… Et ce qui était vrai hier, n’est pas forcément vrai aujourd’hui et ce qui est vrai aujourd’hui ne le sera pas forcément demain.

Donnez de l’autonomie aux développeurs : Avec l’expérience l’architecte sait que son architecture ne peut être parfaite et qu’elle est sujette à modifications. Celui qui ne l’accepte pas et se veut rigide avec ses développeurs court à sa perte. Ceux-ci n’accepteront pas l’architecture ou l’architecte ou les deux, et soit le projet, soit l’architecture, soit les deux vont échouer. Laisser les développeurs proposer des solutions, discuter avec eux de ce qu’il est envisageable de faire lorsqu’ils se retrouvent confronter à des problèmes que votre architecture ne peut résoudre d’elle-même et adapter.

Le contexte est Roi : Des règles d’architecture qui s’appliquent dans un contexte ne s’appliqueront pas dans un autre. Tout est fonction du contexte. Vous ne pouvez pas créer une architecture ultra-performante et complexe si vous n’avez de développeurs aptes pour la comprendre par exemple. Prenez en compte le contexte lorsque vous dessinez votre architecture.

De l’utilité des architectes SI.

On a vu passer assez récemment des articles sur la blogosphère dénigrant le métier de l’architecte. je parle ici de l’architecte des SIs, par de celui des maisons, même si le lien entre les 2 métiers est proche.

A-t-on réellement besoin d’un architecte SI lorsque l’on développe un nouveau logiciel. Vous me direz « ça dépend ». Je vous répond « ça dépasse » (les fans comprendront 😉 ). Plus sérieusement, je vous répondrais « Toujours ».

En effet, vous avez plus à gagner à utiliser les services d’un architecte plutôt que de ne pas les utiliser, tant en terme de coût, qu’en terme de délai. Pour plagier une pub qui passe en ce moment à la radio, « Pourquoi se dit-on toujours APRES qu’il aurait fallu les conseils d’un architecte AVANT? »

Pourquoi se dit-on toujours après qu\'il aurait fallu s\'en occuper avant?

Agir avant, c\'est prévoir, réagir après, c\'est subir.

Ce qui est vrai pour les notaires, l’est également pour les architectes comme pour les experts. Certes utiliser les services d’un architecte ou d’un expert peut coûter cher, en temps comme en délai, mais il peut vous faire économiser beaucoup pour la suite.

Si je prends l’exemple des 2 projets sur lesquels je travaille en ce moment, les deux projets auraient nécessité les compétences d’un architecte ou d’un expert. Pourquoi ceci n’a pas été fait, pour le premier parce que le besoin d’un architecte (ou d’un expert) ne s’est pas fait sentir immédiatement, même s’il est venu plus tard et que l’intervention s’est faite (mal) avec précipitation. Pour le second, parce qu’on a supposé que le travail d’architecture avait été fait, alors qu’il s’agissait en fait d’un travail d’urbanisation (ne pas confondre les deux) et que le besoin s’en ressent fortement maintenant (mauvaise performance, mauvais choix d’implémentation…).

Bref dans les 2 cas, vous l’aurez compris, pas d’intervention d’architecture, un avancement à l’aveugle, et des retards en cumul (même si la non-intervention de l’architecte n’est pas la cause de tous les retards).

Prenons l’image de l’architecte de batiment, certes celui-ci est obligatoire par la loi pour une construction. Mais imagineriez-vous ne pas utiliser les services de cet architecte pour construire votre maison. Et les normes à respecter, et les avantages de telles solutions plutôt que telles autres, et les emplacements des portes, fenêtres, toits… Un couvreur peut très bien faire un toit (et heureusement me direz-vous), mais celui qui est le mieux à même de savoir comment doit être fait le toit, où et avec quels procédés, c’est l’architecte. Et bien il en est de même entre le développeur et l’architecte SI. Qui est le mieux à même de savoir comment développer telle fonctionnalité, de faire telle liaison de composants entre 2 modules, c’est l’architecte, pas le développeur.

Alors chers collègues, que vos décideurs, que vos plannings, que vos « meilleurs conseillers » vous expliquent mille fois qu’un architecte n’est pas utile pour votre projet, parce que ceci, parce que cela… N’en croyez rien. Utilisez les conseils d’un architecte, vos décideurs, vos plannings, vos « meilleurs conseillers » vous en seront reconnaissants, pas le jour de son intervention (quoique) , mais très surement le lendemain.

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